La vie de quartier

Avec la banalisation de l’exclusion et de la précarité, ce n’est plus seulement l’individu qu’il faut accompagner mais son environnement qu’il faut conforter

Longtemps le développement social local a été assimilé à la politique de la ville. Avec la précarisation accrue de l’ensemble de notre société, le développement social ne concerne plus seulement le traitement de l’urgence.

Mais il est aussi le fait d’améliorer le bien-être de chaque personne dans la société pour qu’elle puisse réaliser son plein potentiel.

Ainsi, le développement social signifie qu’il faut investir dans la population, car Il est nécessaire de réduire au maximum les obstacles empêchant les citoyens à réaliser leurs rêves avec redonnant confiance et dignité. La résignation pousse les individus à subir leur situation sociale et donc il devient difficile de se relever et de rebondir.

Le développement social, est donc l’apport d’aide et d’accompagnement des personnes pour qu’elles puissent progresser sur la voie de l’autosuffisance, dans un esprit d’éducation populaire. Tous les habitants doivent avoir des possibilités de croître, de développer leurs compétences et de contribuer à la vie familiale d’une façon significative. S’ils sont en bonne santé, bien éduqués et formés au moment d’entrer sur le marché du travail et qu’ils peuvent gagner un salaire convenable, ils seront mieux préparés pour subvenir à leurs besoins fondamentaux et s’épanouir personnellement.

De plus, pour aider les personnes à atteindre l’autosuffisance, il est essentiel qu’elles aient accès à un habitat digne, sécurisé et abordable où il fait bon vivre. Le logement est le cœur de la famille, l’endroit où les familles vivent en sécurité, élèvent leurs enfants, nouent des relations avec la population et prennent soin des parents vieillissants. Sans logement décent, il est difficile d’être un membre productif de la société.

Pour réduire les inégalités sociales et l’exclusion, il est primordial d’adopter une approche de développement social et investir dans les populations des territoires les plus fragilisés. Il entend s’inscrire dans une démarche de prévention pour l’ensemble des territoires et pour des populations très diversifiées; ce que l’on vise par le développement social, c’est le maintien actif dans notre société des populations fragilisées, non seulement par la précarité matérielle, mais aussi par l’âge, la différence culturelle, etc.

Ce travail ne peut pas être uniquement du ressort de l’Etat au travers des politiques publiques mais bel et bien un travail transversal et partenarial associant l’ensembles des acteurs locaux tel que les collectivités territoriales, les associations, les structures sociales et culturelles de proximité, les centres sociaux, les partenaires économiques du territoire, les bailleurs sociaux, les institutions et bien sur les habitants sans distinction pour en renforcer la cohésion sociale.

Des acteurs de terrain au plus près des habitants… la place des centres sociaux

De plus dans un contexte largement dénoncé de “fracture sociale”, les Centres Sociaux, parce qu’ils sont implantés dans les quartiers et les zones les plus sensibles, sont, partout où ils existent, un des maillons essentiels dans la lutte au quotidien contre l’exclusion. Si, de plus en plus, ils sont parfois obligés de travailler dans l’urgence et le déplorent les Centres Sociaux souhaitent avant tout inscrire leur action dans la durée. Leur objectif permanent est la recherche du mieux vivre dans la cité et ils sont fiers de se définir comme des lieux de citoyenneté.

Implantés au cœur des quartiers, dans les villes et en milieu rural, les centres sociaux sont des équipements collectifs et polyvalents, des lieux d’animation sociale et culturelle, ouverts à tous les habitants, où chacun peut y trouver des activités et des services dans les domaines les plus variés : culture, insertion, loisirs, logement, garde d’enfants, etc.

Un Centre Social est donc pour les habitants du voisinage. Ce sont des équipements de proximité qui s’inscrivent dans une tradition et qui ont un projet. Ils ont pour objectif prioritaire de faire participer les habitants à l’amélioration de leurs conditions de vie, au développement de l’éducation et l’expression culturelle, au renforcement des solidarités, à la prévention et la réduction des exclusions. La spécificité du Centre Social réside ainsi dans la participation des habitants à son élaboration et à sa gestion. Plus que des équipements, ce sont des projets participatifs de développement social local.

La protection sociale

La protection sociale regroupe l’ensemble des systèmes dont le but consiste à protéger les personnes contre les risques sociaux (maladie, maternité, invalidité, vieillesse, …) et contre leurs conséquences financières.

« Depuis l’antiquité, l’humanité se préoccupe de lutter contre la pauvreté, chaque époque, redécouvre à sa manière la pauvreté et la solidarité. [1]» comme nous l’explique le sociologue julien Damon.

En France, la protection sociale se définit à travers les politiques sociales et l’Etat ; plus particulièrement depuis la Révolution française et le début de la laïcisation. Ce modèle n’est pas le propre de toutes les sociétés.

Le modèle français s’est construit au fil de cinq grandes étapes. Il connaît depuis plusieurs années une crise sans précédent, remettant sans cesse en question ses principes fondamentaux et ainsi sa pérennité.

HISTOIRE ET CADRE LEGISLATIF

Dans les premiers temps, la protection sociale concerne d’abord les personnes qui ne peuvent pas travailler. Elle prend la forme d’assistance sociale auprès des « indigents » et est toujours rattachée à la notion de charité. Jusqu’en, le droit de vote distingue les citoyens actifs de ceux passifs.

Durant la période d’industrialisation, la protection sociale vise progressivement les travailleurs. L’idée est de protéger les ouvriers exposés à des accidents du travail. Cette deuxième grande étape fait émerger le droit du travail, qui a pour objectif de rendre plus productif les nombreux ouvriers français.

La protection sociale française est marquée par une troisième étape dans les années 50, avec le développement de la solidarité pour couvrir de nouveaux risques sociaux tels que la retraite, le chômage. Pour Durkheim, cette organisation permet d’assurer le maintien des interdépendances dans une société complexe.

Les années 70 connaissent les premiers mouvements de déstabilisation du système de protection sociale. L’Etat Providence est contesté. De plus, l’individualisation commence à remettre en cause la protection par le collectif. On distingue l’assistance sociale qui protège ceux qui ne travaillent pas et l’assurance sociale qui protège ceux qui travaillent. Les politiques vont progressivement réfléchir sur la tranche de la population entre actifs et passifs ; qui ne travaillent pas mais qui pourrait travailler. C’est la naissance des politiques d’insertion en direction de ce public. Via le RMI, un nouveau concept apparaît : la pleine insertion sur la base de la solidarité.

Depuis les années 90, le modèle de protection sociale français évolue vers celui d’un Etat social actif. L’idéal de solidarité s’accentue en se basant de plus en plus sur la recherche d’efficacité. La notion de responsabilité collective laisse progressivement la place à la responsabilité individuelle. Avec la mise en œuvre du RSA en 2009, les politiques cherchent à rendre plus attractifs le travail, particulièrement pour les inactifs.

LES ACTEURS

Les salariés et les entreprises

Le préambule de la Constitution de 1946 affirme que tout salarié « participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ». L’article L.2221-1 du Code du Travail français reconnaît « le droit des salariés à la négociation collective de l’ensemble de leurs conditions d’emploi et de travail et de leurs garanties sociales » permettant la mise en place et la pérennité des régimes de retraite, prévoyance et santé par des accords de branche afin de poursuivre un objectif de solidarité et permettre, à l’ensemble des salariés, d’avoir accès à une couverture sociale complète et de qualité.

L’Etat est un acteur clé de la protection sociale. Néanmoins,

Elle est assurée par des institutions : c’est d’abord la Sécurité sociale (protection contre la maladie, la vieillesse, etc…), mais pas seulement elle. Il s’agit aussi de l’Etat lui-même dont le budget assure certaines dépenses (bourses scolaires, indemnisation des chômeurs en fin de droits, par exemple)

Les collectivités territoriales

Les collectivités territoriales (les Communes peuvent prendre en charge certaines dépenses des retraités ayant peu de ressources, comme les dépenses de transport, par exemple).

Le modèle de protection sociale français est un passé progressivement d’un acteur unique et centralisé : l’Etat à des acteurs multiples et diversifiés. Cette configuration a entraîné de nouveaux comportements au sein des populations.

En effet, la restructuration des politiques sociales par l’Etat obligent les collectivités territoriales à se réorganiser et à donner des moyens aux acteurs de terrain. Par exemple : sur la question de la santé, les ateliers santé sont des dispositifs gérés par les communes mais financées par les politiques de la ville et l’ARS. Pour la mise en œuvre de ces ateliers, les communes elles mêmes doivent souvent faire appel à des associations de quartier. Ce dispositif existe pour aider les populations. Mais ils n’ont jamais pu atteindre leurs objectifs sans l’aide et la solidarité des associations de proximité, en capacité pour leur orienter la population.

Par conséquent, d’autres solidarités se développent. Faute de financements, les institutions et les populations se voient contraint de puiser à des ressources autres. Si les réponses financières (aides sociales) demeuraient constantes et inépuisables, il n’est pas certains que les populations cherchent des alternatives comme on peut le voir depuis plusieurs années.

Les nouveaux acteurs :

On dit parfois des périodes de récession économique qu’elles sont caractérisées par un retour vers des valeurs traditionalistes et des attitudes conservatrices.

On évoque souvent la montée de l’individualisme dans les sociétés contemporaines. De fait, la progression de la sociabilité et la meilleure acceptation des différences témoignent d’une plus grande ouverture à autrui. L’inclination à mieux vivre ensemble se manifeste à travers les nombreuses formes de solidarités, familiales, associatives ou nationales. Des solidarités qui tendent d’ailleurs à se renforcer quand le chômage se développe.

LES ENJEUX

Le financement

Le financement de la protection sociale repose essentiellement sur les revenus du travail. Depuis les premiers chocs pétroliers, la hausse quasiment incessante du chômage et la faible croissance économique posent problème pour assurer un financement équilibré.

Parallèlement à la baisse des recettes, les dépenses n’ont cessé d’augmenté du fait d’une part de l’évolution démographique, d’autre part du fait de l’évolution culturelle. Les exigences de bien être de la population entraînent une augmentation de dépenses de santé.

Ainsi, le financement pèse sur le coût du travail. Au fil des ans, les politiques ont cherché à compenser le manque de recettes face aux dépenses. En, la CSG, proportionnelle au PIB a été mise en place.

Le déséquilibre continue malgré tout de s’accentué. Il crée de ce fait un déséquilibre entre les droits et les devoirs des citoyens.

Un problème demeure : le fait que la réinsertion ne concerne pas que le travail. Elle engage souvent la reconstruction d’une vie sociale dans sa globalité (logement, santé, famille…).

Les inégalités

Au départ, la protection sociale avait pour objectif d’éradiquer la pauvreté. A ce jour, il semble qu’elle permet d’éviter la grande pauvreté, mais n’est pas suffisante pour réinsérer.

De plus, la protection sociale est basée sur le principe de l’égalité des chances. Elle est centrée sur les besoins des citoyens « du bas de l’échelle sociale ». Les citoyens qui ne font pas partie de cette classe sont ceux qui cotisent le plus pour la protection sociale (salariés). Pourtant ce sont ceux qui reçoivent le moins « d’aides ». Afin de favoriser un équilibre, les politiques promeuvent ponctuellement des actions telles que le crédit d’impôt qui concerne les classes moyennes et aisées.

Certains disent que ces états de fait sont à l’origine de la perte de l’intérêt collectif et des solidarités familiales. D’autres disent qu’ils sont créateurs de liens sociaux.

Pour les ultralibéraux, les inégalités qui seraient générées par le système de protection sociale actuel serait les freins du développement de l’initiative individuelle et du développement économique.

Conclusion

A l’heure actuelle, le désengagement de l’Etat dans les politiques de protection sociale (décentralisation,…) déstabilise l’ensemble de la société et particulièrement les plus démunis (citoyens qui ne travaillent pas et qui ne sont pas en capacité de travailler). Néanmoins, cela semble faire émerger de nouvelles organisations dans les solidarités (positives ou négatives)

La situation actuelle modifie considérablement l’image utopique de notre modèle véhiculée dans le monde entier. Cette image idéale a été longtemps attractive pour amener de la main d’œuvres étrangères. Ces modifications impactent sur l’ensemble des politiques françaises, notamment sur la politique d’immigration, par la restriction, entre autre, des conditions d’accès à un titre de séjour, seule clé pour ouvrir droit aux prestations sociales. De même, l’aide médicale état qui était jusqu’en décembre 2010 gratuite pour les personnes en situation irrégulière est désormais payante.

Les politiques de protection sociale avaient au départ pour intention de retirer le pouvoir du religieux sur les populations. A l’époque, il s’est positionné en régulateur de ce pouvoir. Plus d’un siècle plus tard, la remise en question perpétuelle du modèle de protection sociale français interroge sur les fondements même des droits de l’Homme et du Citoyens (-art-4).

En l’absence de financements publics se pose, à mon sens, principalement la question de relégation du pouvoir à de nouveaux acteurs de terrains ? Avec en toile de fond l’enjeu de la régulation sociale.

Bibliographie

Ouvrage :
La fabrique du droit, Bruno Latour , édition la découverte / poche, 2007,pg 320.
L’action social, jacques Ladsous, édition érès, 2008, pg 136
Arnsperger Chr. , 2000,L’Etat social actif :authentique idéal de solidarité ou lamentable mascarade idéologique ?, Chaire Hoover, UCL.

Document :
Politique de la ville et développement durable : des interactions à construire, rencontre du 22 novembre 2007, profession banlieue
Notice rédigée par Michel CHAUVIERE, directeur de recherche au CNRS, CERSA université Paris 2, pour le nouveau dictionnaire critique d’action social, 2005

Magazine :
Revue n°219S de octobre 2010, Sciences humaine
L’événement n°292 juin 2010, Alternatives économiques, titre : Rigueur / le piège.

Internet :

http://www.gipspi.org

http://ses-paris.scola.ac-paris.fr

[1] Revue n°219S de octobre 2010, Sciences humaine